La
conscience d’être, au cœur du vivant
Une
présentation suivie d'un échange animés par Jean-Marc
Mantel
Samedi
12 octobre 2002
Lorsqu’un état
réactif survient et qu’il est observé, vous pouvez constater qu’il va se dissoudre,
être comme absorbé dans un espace plus vaste. Nous avons ainsi, à chaque instant,
dans notre propre espace intérieur, la possibilité d’être le témoin d’une transmutation,
qui se fait par le simple pouvoir de l'écoute, de la présence.
Dans cet accueil
d’une résistance ou d’une défense, le mental analytique n’intervient pas. Il
est ici sans utilité. Le questionnement du « pourquoi » ou du « comment » de
l’émergence de cette tension est une voie de garage. C’est une fausse sécurité,
une fausse réassurance qui ne transforme pas la fixation elle-même. Et cette
absorption d’une tension ou d’une résistance dans un espace plus vaste est une
réflexion de ce que l’on pourrait appeler « l'absorption du moi personnel
» dans la conscience impersonnelle.
Dans cette absorption,
il n’y a pas de refus ou de déni. Il y a simplement spatialisation, respiration.
Cette transmutation est analogue à celle de la transformation du vouloir en
non-vouloir, comme si le non-vouloir était la racine du vouloir, et que le vouloir
pointait vers le non-vouloir. Le non-vouloir n’est pas une passivité, mais une
activité, activité dans la présence. Mais, soyons bien clairs, la présence ne
peut être vue, elle ne peut être saisie. Lorsque nous parlons de la présence,
eh bien ! cela n’est pas la présence ; la représentation mentale d’une chose
n’est pas la chose !
En d’autres termes,
tout ce que nous pensons de nous-mêmes n’est pas nous-mêmes, mais est une représentation
de nous-mêmes. Il y a souvent tendance à se confondre avec l’image. La lumière
habite l’image, anime l’image, mais n’est pas l’image. L’image en est une expression.
Être lumière n’est
pas voir la lumière. Dans le vécu ou l’expérience d’être lumière, il n’y a pas
de division. Celui qui constate est absorbé dans ce qu’il constate.
Les circonstances
changeantes de la vie quotidienne sont comme un champ parfait d’approfondissement
de la compréhension. Lorsque la contrariété surgit, là est l’enseignement. Non
pas dans la situation qui a provoqué la contrariété, mais dans la contrariété
elle-même. Tant que ce réflexe défensif n’est pas accueilli, écouté, observé,
il se maintient sous une forme ou une autre, et réapparaît lors de circonstances
propices.
Avez-vous des
points particuliers que vous souhaiteriez clarifier ou approfondir ?
DISCUSSION
(questions inaudibles)
- Ces formulations désignent
une forme de lâcher. Essayer de sentir en vous ce que signifie « lâcher
» ? Le « lâcher » n’est pas seulement corporel, il dépasse le corps.
Il est une inversion de la tendance habituelle de « saisir ». Explorez
correctement cette tendance à la saisie et accueillez son inverse.
Votre
corps vous montre constamment cette tendance à la saisie. Regardez vos
mains, vos articulations des mâchoires, votre musculature, votre souffle,
notez cette tendance à la contracture et à la saisie. C’est à travers
l’écoute et la reconnaissance de cette saisie qu’une transformation
survient, une transformation qui n’appartient pas au vouloir…
- Il y a différents types
d’action :
Il y a des actions réactives qui sont l’expression d’un
état de tension et d’un besoin de compensation propre au moi, et il
y a des actions qui ne sont pas réactives, analogues à des émergences
du silence. Ces types d’actions ont un goût, un parfum et une sonorité
différentes.
Un bon nombre de ce que l’on appelle « actions » ne
sont en fait que des états réactifs, visant à éliminer, à travers le
mouvement, un état de tension. Une action créative est une émergence
spontanée de la globalité. Une action réactive stimule la réactivité.
Une action non réactive vous renvoie à l’absence de vous-même.
- Ce que l’on appelle «
l’inconscient », c’est simplement ce qui n’est pas vu…
- Il est utile de constater
que nous ne savons pas regarder, et d’apprendre ainsi à regarder, c’est-à-dire
à accueillir complètement, en vous, l’objet de vision. C’est dans cet
accueil qu’une compréhension, qui n’est pas de nature psychologique
ou mentale, s’installe. Il s’agit d’une compréhension globale, immédiate
et intuitive. Lorsque vous regardez un tableau, laissez-vous regarder
par lui ! Et votre expérience en sera tout à fait différente.
- Il faut bien comprendre
que l’« accueil » n’est pas « accueillir ». L’accueil n’est pas une
action. Il une expression naturelle de la conscience. La conscience,
par nature, est accueil. Vous êtes accueil. Il n’y a pas d’effort particulier
à faire pour accueillir. Accueillez l’effort d’accueillir, et vous verrez
que cet effort, qui est encore une tension, une résistance, va mourir
dans l’accueil lui-même.
- L’accueil se sait. Mais
il n’est pas un agir… Oui, on pourrait peut-être comparer cela à un
ressenti, l’accueil étant ce qui sent, ce qui entend et ce qui perçoit.
Ramenez donc l’attention à elle-même. Toute perception nécessite un
sujet percevant, un espace d’accueil afin que cette perception puisse
émerger.
- Le mouvement n’est identifié,
reconnu en tant que mouvement, que parce que vous êtes en dehors de
lui.
Voyez, constatez sur le champ le mouvement. Cette expérience
et perception du mouvement n’est rendue possible que parce que vous
êtes en dehors de lui. En d’autres termes, vous êtes le regard qui contemple
le mouvement. Lorsque deux trains roulent côte à côte, à la même vitesse,
vous n’avez pas la sensation du mouvement. Si, par contre, vous êtes
assis au bord du quai, vous pouvez alors constater le mouvement du train.
- L’accueil n’est pas une
passivité. La passivité est une retenue, une inhibition, une tension,
une résistance intériorisée. L’accueil est un espace d’ouverture qui
va permettre à une action de se mettre en place, si nécessaire. Mais
une action n’est pas toujours nécessaire. Certaines circonstances imposent
une action, et d’autres non.
Voyez donc simplement d’où émerge cette
action.
Emerge-t-elle d’une tension réactive, d’un plexus solaire
contracté ou noué, ou bien de nulle part, d’un nulle part que l’on pourrait
nommer globalité ? La spontanéité est justement la disponibilité à une
émergence, quelle qu’en soit sa nature…
- Le langage doit être
approprié à la situation présente. Dans un contexte de face-à-face,
contrairement à un groupe, les paroles et les mots peuvent être adaptés
précisément aux besoins de l’autre. Il est donc difficile de faire une
règle systématique sur ce qu’il se passe dans un échange « thérapeutique
», mais, d’une manière générale, l’orientation reste inchangée. Lorsque
quelqu’un vient vous voir, il est englué dans un monde fictif, un monde
de projection, un monde mental fermé. Dès lors, ce sont vos talents
de pédagogue qui vont faciliter l’éveil d’un espace d’ouverture. Chez
un bon nombre de gens, dont le fonctionnement mental est correct,
c’est tout à fait possible. Il y a cependant certaines personnes chez
qui une telle approche est impossible ; dans ce cas-là, on va trouver
d’autres substituts, par exemple, un travail corporel, développant l’
écoute du corps et aidant ainsi à limiter la dispersion mentale…
Dans
tous les domaines de la thérapie, corporelle et mentale, on en revient
toujours à cette question de la dispersion. C’est en fait le propre
d’une démarche écologique. Lorsque vous voulez chauffer une pièce, vous
faites spontanément attention à ne pas laisser les fenêtres ouvertes
! D’une manière similaire, il y a une écologie de l’esprit, du juste
usage de l’énergie.
Une réaction émotionnelle constitue une dépense
considérable d’énergie, qui n’est souvent pas imposée par la situation
présente. La situation peut en effet être accueillie, mais sans cet
état de contracture, de tension réflexe, qui est le propre d’un moi
qui se défend. Cet réaction de défense du moi n’est pas indispensable.
Elle est un surplus qui va s’éliminer tôt ou tard.
- Le non-vouloir pointe
vers une dimension de conscience globale, libre de saisie, libre de
préhension, qui contient le monde et l’univers.
- Il me semble que nous
ne parlons pas du même non-vouloir. Vous parlez du non-vouloir en tant
que passivité. La dimension de présence et de réceptivité dont nous
parlons est une ouverture à la toute possibilité. Voyez, accueillez
d’abord la situation, acceptez-la. Lorsqu’une situation est complètement
acceptée, dans l’instant, les solutions peuvent se mettre en place.
Inversement, lorsqu’une situation est refusée, la créativité qu’elle
contient est inhibée. Permettez donc à la créativité contenue dans la
situation de résoudre la situation !
- Une bonne part des maladies
sont la conséquence d’un état de résistance, et la résistance se dilue
dans l’acceptation, dans la réceptivité.
- Votre question concerne
l’utilisation de substances à visée thérapeutique. Vous abordez là ce
qu’on appelle les traitements symptomatiques. Il est certain que toutes
les thérapies sont symptomatiques. Donc, lorsqu’une substance, plante
ou médicament, est prescrite, elle doit être donnée avec la conscience
qu’elle ne contient pas le remède, que le remède se situe à l’intérieur
de nous-même et nulle part ailleurs… L’attachement à la substance peut
concerner aussi bien une substance végétale (aromatique) qu’une substance
(composé) chimique. La crispation, la saisie et la peur qui se fixent
sur le remède, peuvent être observées aussi bien dans les prises de
substances végétales que chimiques.
Même si l’on peut différencier
une substance chimique d’une substance médicinale naturelle, au niveau
du vécu, les attachements sont identiques. Il y a des situations d’urgence
- notamment chez des êtres dont les outils intérieurs ne sont pas préparés
à une claire vision, qui sont enfermés dans une confusion importante
– dans lesquels il est difficile d’éviter une médication naturelle ou
chimique. Mais elle devrait pouvoir être évitée. Il faudrait, pour cela,
mettre en place un accompagnement humain et spirituel quasi-permanent
pendant une période de plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Comme
un tel accompagnement est rarement possible, ou trop éloigné de nos
mentalités et habitudes, on en vient à utiliser des substances… Mais
soyons clairs sur ce qu’une substance va pouvoir apporter et sur ce
qu’elle n’apportera jamais.
- D’abord, notez que beaucoup
de gens atteints par la maladie d’Alzheimer ont souvent une joie spontanée
et créative qui émerge en eux. La mémoire, par certains côtés, est un
fardeau ! Ainsi, lorsque vous appréhendez une situation dans un esprit
libéré de la mémoire, vous percevez un tableau complètement différent
de celui d’une situation vue au travers du filtre de la mémoire. Voyons
ainsi bien clairement la dimension pesante de la mémoire psychologique.
Bien
sûr, qu’à coté d’une mémoire psychologique, il y a une mémoire fonctionnelle
qui a son intérêt, mais très peu d’énergie est requise pour mémoriser
votre nom et l’emplacement où vous avez mis votre automobile. Le reste
est un bagage souvent encombrant.
- Face à une personne souffrante,
faites bien attention de ne pas vous projeter en elle. Vous ne vivez
pas ce qu’elle vit. Accueillez donc complètement l'expérience qu’elle
est en train de vivre, et en accueillant cette expérience, vous serez
pleinement disponible et fonctionnel, libre de l’émotivité. Les meilleures
solutions peuvent alors se trouver…