La conscience et la pensée

Jean-Marc Mantel


Pourquoi la pensée disparaît-elle dès lors qu'on l'observe ?

La conscience et l'objet font un, comme le font le miroir et le reflet qui s'inscrit en lui.

Lorsqu'une pensée est présente, la conscience n'en est pas séparée. Il n'y pas d'observateur, pas de division entre l'observateur et la chose observée.

L'instant suivant, la pensée n'est plus. La conscience est alors sans pensée, conscience pure.

C'est du point de vue de la conscience pure que perdure le souvenir de la conscience avec objet.

On ne peut donc parler d'observation des pensées, car, à l'instant où la pensée est présente, elle n'est pas observée, mais fondue dans la conscience qui la supporte.

La conscience se connaît ainsi dans sa nature sans pensée, libre de contenu, impérissable, immuable, mais aussi dans son unité à la pensée. C'est ce contraste entre la conscience sans objet et la conscience avec objet qui donne l'impression que la pensée disparaît dès lors qu'elle est observée. Mais il s'agit en fait d'une succession et non d'une simultanéité.

L'observation des pensées est ainsi une tactique, utile pour permettre à la conscience de se révéler à elle-même, mais elle est encore une stratégie raffinée du moi, qui maintient une division entre le sujet et l'objet. Comme tout outil qui n'a d'utilité qu'au moment où l'on s'en sert, l'observation des pensées est, tôt ou tard, amenée à se fondre dans l'omniprésence de la conscience, qui ne sépare pas sa nature de l'objet qui est en elle.

Pourquoi s'oublie-t-on ?

La conscience se connaît avant tout dans son unité à l'objet. Elle s'est oubliée dans sa nature sans objet, et doit donc se redécouvrir elle-même, comme le ferait un diamant qui aurait oublié son éclat lorsqu'il est enfermé dans sa gangue protectrice.

Les pratiques méditatives tendent toutes vers cet éveil à la nature sans objet, délaissant l'objet pour réaliser le non-objet. Tant que se maintient l'impression d'une division entre le sujet et l'objet, le mirage de la séparation n'est pas brisé, et la nature propre de l'être non encore révélée. Ce n'est qu'au terme de la quête qui amène le quêteur à réaliser qu'il n'est pas différent de l'objet de sa quête, que l'unité est réalisée, faisant disparaître la croyance d'un sujet distinct de l'objet.

 

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