LE DEUIL DU MOI

Jean-Marc Mantel

Un texte écrit pour la revue Recto-Verseau d'octobre 2009,
consacrée à "deuil, rupture et séparation"

 

Ce n'est que l'ego qui est en deuil. Dès lors qu'il y a attachement, il y a possibilité de perte. On peut perdre ce qu'on n'est pas, mais il est impossible de perdre ce qu'on est. Ce ne sont finalement que nos illusions mentales qui s'évanouissent ainsi.

Nous nous croyons séparés, et vivons dans la peur de perdre ce que nous pensons posséder. Mais qui possède ? Seul le moi s'imagine posséder quelque chose.

Toutes les expériences de deuil, de rupture et de séparation, ne sont ainsi que des expériences de lâcher prise, enchaînant les trois temps du refus, de la résignation, puis de l'acceptation.

A l'instant où la situation est véritablement acceptée, il n'y a plus de conflit. Sans conflit, il n'y a pas de deuil.

Toute absence se réfère à une présence. S'il n'y avait présence à l'absence, comment pourrions-nous en parler ?

La présence est comme l'écran de cinéma. Elle ne souffre pas de l'absence du film.

La présence ne peut se perdre elle-même. Elle ne peut perdre que les objets qui sont en elle. Mais se sachant libre de tout objet, elle est par elle-même divine béatitude.

Les lâcher prises successifs du moi sont des étapes nécessaires pour prendre conscience de la saisie qui le nourrit. Il n'est pas plus facile de retirer un os de la gueule d'un chien affamé que d'abandonner ce à quoi nous sommes attachés. La vie nous enseigne ainsi le détachement, en nous retirant ce dont nous croyons être le propriétaire.

Si vous cherchez cela qui n'a pas de propriétaire, vous ne trouverez que la conscience pure, qui n'a pas d'autre référence qu'elle-même. Etant son propre support, elle n'a besoin de rien pour pouvoir exister. Elle est, par nature, autonome.

Les deuils, ruptures et séparations sont donc une occasion unique de réaliser que rien ne manque à notre expérience fondamentale du bonheur, qui n'est pas plus lié aux circonstances que le ciel ne l'est aux nuages.

J’ai l’impression que la peur arrive avant la "perte" de ce à quoi l’on tenait, c’est l’idée de ne plus avoir cette vie-là, ce travail-là par exemple, c’est cette projection qui produit la peur. Et on voit bien, là, que la peur est créée par le mental.

Oui, en effet. Quand le mental est au repos, les projections passé-futur éteintes, la peur n'est pas.

Il est impossible d’accepter une situation de rupture en se disant : "c’est ainsi, j’accepte". Car c’est encore le mental qui dit cela. Sûr que l’ego ne peut œuvrer lui-même à sa propre perte ! Alors que s’est-il donc passé lorsque soudain on se rend compte qu’il n’y a plus de souffrance ? On se dit que l’on s’est résigné… Mais non, ce n’est pas cela, car la résignation sous-entend un sacrifice, des regrets enfouis… Ce qui s’est passé en fait, (enfin, je crois), c’est que l’on s’est laissé porter par la vie, tout simplement… Alors ce qu’on a aimé intensément et que l’on porte toujours en soi, (même si c’est passé, fini, ce n’est pas oublié, ni renié, ni rejeté…) est comme qui dirait gentiment à sa place et on peut le regarder sans souffrance, et même joyeusement, avec un grand amour !

Dès que l'acceptation est totale, la souffrance nous quitte. Acceptation totale veut dire, en fait, absence d'un je conceptuel, d'un personnage qui s'imagine être l'acteur et l'auteur des situations, et les vit de manière personnelle.

Je me demande si être en paix par rapport à une situation précise de deuil, de séparation, nous amène à l’être pour d’autres situations ? D’après moi, cet apaisement s’infiltre peu à peu partout, sans qu’on s’en rende vraiment compte, c’est très discret.

Notre vécu est dépendant de notre point de vue, c'est-à-dire du point où la vision se fait. Lorsque l'épicentre de la vision est la personne, la vie toute entière n'est que conflit. Lorsque l'épicentre de la vision est le silence, la vie toute entière n'est que silence.

En fait, le moi s'attache, se cramponne, pour exister. Il reviendra toujours, mais d'avoir un regard sur cela produit un certain recul, et alors, on n'est plus tout à fait ce moi, et on est apaisé.

Le moi perçu n'est que le reflet du moi-conscience, qui n'a de "moi" que le nom, puisqu'il est le Soi, le suprême ego. Le moi-conscience est aussi libre du moi perçu que le miroir est libre des reflets qui s'inscrivent en lui. Le moi-conscience, ayant momentanément oublié sa nature, s'identifie au moi perçu. Il vit alors dans la restriction, la limitation, le sentiment d'emprisonnement.

L'histoire du dixième homme, souvent présente dans l'enseignement non-duel de l'Inde, est éloquente à ce sujet. Dix hommes traversent une rivière. Arrivés de l'autre côté, l'un d'entre eux compte le groupe. Il n'en trouve que neuf. Etonné, ils demandent aux autres de compter. Tout le monde ne trouve que neuf hommes. La souffrance s'abat alors sur lui. Il est désespéré d'avoir perdu l'un des siens. Le chagrin, la culpabilité, le manque, le deuil et la perte sont, par lui, expérimentés. Rien ne peut le consoler. Vient un passant. Il se fait raconter l'histoire, puis se tourne vers l'homme en deuil, et lui dit, en pointant son doigt vers lui : "mais, vous êtes le dixième". L'homme est soudainement saisi. Il réalise d'un coup qu'il est lui-même le dixième homme qu'il cherchait. Son chagrin et son sentiment de deuil disparaissent d'un coup. La tristesse et le remords le quittent aussi. "Je suis ce que je cherche". Voici donc la compréhension qui illumine l'esprit et qui transforme l'endeuillé en un homme réjoui. La réjouissance est en effet la disparition du deuil. Elle n'est pas sujette aux transformations, mais est simplement masquée par le chagrin, comme le soleil peut l'être par les nuages. De ce point de vue, tout être qui ne connaît pas sa nature véritable, est en deuil, en deuil de lui-même. Toutes les autres expériences de deuil ne sont que des stimuli de ce deuil fondamental qui étreint tout être qui s'est oublié lui-même.

Dans cette histoire du dixième homme, quelque chose d'important me tracasse : c'est quelqu'un d'extérieur qui lui dit la réalité, et l'homme l'accepte. Il est impossible de comprendre profondément si l'on accepte des explications que l'on n'a pas d'abord ressenties soi-même sans connaissance aucune ! Il faut que les explications éclairent au bon moment !

La dépendance vis-à-vis d'autrui est nécessaire pour un temps, comme l'enfant qui a besoin de ses parents pour apprendre à marcher. Dans le domaine spirituel aussi, on est amené à croiser des êtres dont la compréhension est plus mature que la nôtre, et qui joue le rôle de doigt pointé, en nous ramenant à nous-mêmes et en nous enseignant ainsi l'art de la non-dispersion.

Je me dis aussi que lorsqu'on part marcher, c'est peut-être la conscience qui se désobjective ? Vu qu'on ne cherche rien, ni le chez-soi (mais cela peut aussi être une fuite), ni les vêtements, ni d'être un tel ou un tel... On se fond dans un mouvement, un paysage, libre de toute image...

Certainement. Le mouvement qui se fond dans la nature vous fait perdre le sens de votre identité corporelle. Le monde et vous n'êtes alors plus deux entités distinctes. Cette expérience de non-séparation peut cependant faire l'objet d'une récupération égotique. Elle devient alors ritualisée et mécanisée, et perd de son pouvoir d'éveil.

Je comprends qu'il soit impossible de percevoir le Moi Conscience car ce serait d'un point de vue, qui n'est qu'une de ses projections ? Mais alors comment sait-on, lorsque cela se passe, que notre action ne provient pas de l'ego ? Car j'imagine que tout le monde agit souvent  (ou au moins une fois) dans sa vie, de façon juste, adéquate, sans qu'il y ait eu le court-circuit de l'ego ? En fait, on ne peut pas se le dire ? Ni le savoir ? On sent juste que cela va de soi ? Mais on peut se tromper... Complètement s'illusionner même car il me semble que le fait d'y penser prouve qu'on reste dans le monde de l'objet... Comment savoir ? Sentir ?

Voyez comment se déroule la respiration dans votre corps. Est-ce vous qui respirez, ou bien la respiration qui se déroule en vous ? Cette compréhension expérientielle de la liberté propre à la conscience peut ensuite s'appliquer à tous les secteurs d'expression de la vie. L'action se fait en vous sans que l'idée d'être l'acteur ne se surimpose à elle. Le corps est alors détendu, relâché, libre de la peur qui l'entrave dans ses mouvements.

Vous n'êtes pas sans savoir que l'on voit fleurir sur le net de plus en plus de sites de personnes "éveillées", racontant leur expérience d'éveil, leur vision de la réalité et proposant des rencontres (souvent à des tarifs assez importants). Ces personnes sont dans une vérité, c'est sûr, mais, vis-à-vis de la finalité de votre propre action, il est peut-être à craindre qu'à plus ou moins long terme, vos propos (et sans doute surtout tout l'héritage de sagesse et d'Amour qu'ils contiennent) ne se retrouvent englués au milieu d'autres. Et c'est sans doute un peu dommage pour celui ou celle qui, "attiré" par cette sagesse, risque peut-être de ne pas forcément savoir faire le "tri". Vous écriviez un jour (je cite de mémoire) que la compréhension de ce que l'on est peut être immédiate, mais que la mise en œuvre dans l'espace-temps... ! N'est-ce pas quelque chose à systématiquement rappeler ? Je viens de lire récemment les 4 accords Toltèques. D. M. Ruiz parle de magie noire vis-à-vis de certaines paroles reçues. Cela m'a particulièrement marqué. Pour ceux, de plus en plus nombreux, confrontés à cette violence, découvrant cette sagesse et qui auront la chance de vous lire, ce texte suffira-t-il à leur éveiller quelque chose ? 

Tous les enseignements peuvent être récupérés par l'ego et mis à son service. Ils perdent cependant ainsi la majeure partie de leur saveur. A l'oreille attentive, qui est sensible à l'écho de vérité qu'un écrit peut éveiller, il ne fera nul doute qu'une distorsion du message original a eu lieu. On peut ainsi faire confiance à l'intelligence des choses qui donne à chacun ce dont il a besoin, et éloigne de chacun ce dont il n'a pas besoin.

La sagesse n'est pas une philosophie stérile, mais la mise en application d'une compréhension qui s'intègre dans le vécu, et en est ainsi vivifiée. A ce titre, le vécu et ce qui en émane sont la seule garantie de l'intégration d'un enseignement. Les mots peuvent parfois contenir le parfum de l'espace qui les contient, mais ils ne peuvent remplacer la preuve vivante d'une compréhension intégrée, qui se manifeste dans les paroles, les actes et les pensées.

Il apparaît effectivement, dans mon vécu, qu’il y a une peur à lâcher des attachements. Mais, de plus en plus, je vois que lorsqu’un attachement tombe, j’ai le sentiment d’avoir gagné un nouveau degré de liberté. Il y a un soulagement comme si l’attachement en question ne m’avait pas rendue si heureuse que ça. Et, en y regardant de plus près, je remarque que chaque attachement amène son lot de contraintes. Du coup, je trouve que lâcher prise devient un peu plus facile progressivement : il y a comme une confiance que les attachements ne sont pas nécessaires. Bien que cela soit sans importance quand la Conscience est habitée, est-ce que les attachements de la personnalité tombent d’un coup avec l’éveil ou est-ce qu’ils continuent à s’effriter doucement après l’éveil ?

Voyez ce qu'il se passe lors d'un attachement à la saveur sucrée. Votre organisme apprécie la saveur sucrée. La mémoire stimule un désir de répéter l'expérience. L'expérience se répète tant qu'elle amène une sensation de plaisir.

Observez ce comportement conditionné. Vous ne pouvez l'observer que parce que vous êtes en dehors de lui. Cette observation vous amène à vous désidentifier de ce conditionnement, à réaliser que vous n'êtes pas ce comportement conditionné, mais la conscience qui contemple et éclaire ce spectacle.

Votre sens de l'identité ne repose donc plus dans le fonctionnement de la personnalité avec les attachements qui lui sont propres. Mais il s'insère dans l'arrière-plan silencieux de votre être, connaisseur de votre structure corps-mental conditionnée. C'est à partir de là que ce conditionnement est observé.

Notez bien qu'il est observé. Il n'y a aucune impulsion en vous à le modifier, mais toute votre attention est orientée vers lui. A cet instant, vous-conscience et lui-objet n'êtes pas deux entités séparées. Vous êtes un. Il n'y aucun conflit dans cette unité intrinsèque, aucune division, pas de peur, pas de jugement, pas d'opinion, pas d'interprétation. Le conditionnement et vous êtes une unité inséparable.

L'instant d'après, le conditionnement s'efface. Vous, conscience, présence, attention, êtes toujours là, un continuum, une permanence. Rien ne se passe en vous. Le conditionnement passé n'existe pas. Pas de conflit, pas de culpabilité, aucune trace de jugement, pas d'opinion, pas de point de vue. Simple présence. Libre dans sa nature. Vous êtes complètement épanouie en cela.

L'instant d'après, l'attention est à nouveau dirigée vers le corps-mental. La saveur sucrée suscite un désir. Le désir et vous, présence, n'êtes pas séparés. Cette énergie de projection, qui tend à absorber le sucre et sa saveur pour mieux l'englober, ne génère aucune trace de conflit. Pas de division, pas de conflit. Présence, action, mouvement, respiration. Passivité absolue, activité dans cette passivité.

Le corps, le mental, dès lors qu'ils ne sont pas jugés, se détendent, se relâchent. Les besoins s'effacent au fil du relâchement. Ce relâchement n'est pas le fruit d'une volonté. Il reflète le profond bien-être qui vous habite, le bien-être que vous êtes. Que le désir de la saveur sucrée soit présent ou ne le soit pas, pour vous, rien ne se passe jamais. Vous êtes toujours dans votre nature immuable, ancrée dans la stabilité de la présence. Les pensées ne sont que des événements parasites, ponctuels, qui n'interfèrent en rien avec votre vécu. Pas d'interférence, constance. Le son est identique. Vous ne vous quittez jamais, comment le pourriez-vous ?

Votre personnalité n'est ainsi pas dissociée de vous. Elle vous prolonge, est votre expiration, comme un souffle qui se répand et s'exprime à son gré. Aucune contrainte ne vient enfreindre son expression. La jouissance du sucre fait partie de votre être, bien que vous sachiez ne pas être réduite à cela. Le corps, le mental et le monde sont comme vos bras, vos jambes et votre langue. Ils vous prolongent, comme les mille bras de la déesse Shakti. Rien de ce qui leur arrive ne vous est étranger. Ils sont dans la complète dépendance de votre nature immuable. Mais votre nature immuable n'est pas plus dépendante d'eux que l'air n'est dépendant du sens du vent.

Vivez heureuse dans cette félicité que rien ne peut entacher, pas même les attachements divers de votre personnalité, qui ne sont que les infinies manifestations de la joie suprême que vous êtes. Les contractures et détentes successives de votre corps-mental ne sont que les pulsations rythmiques de votre être, qui prend forme ainsi, dans une danse qui n'a de cesse que lorsque disparaît le corps-mental.

Tout ce que vous n'êtes pas peut disparaître, mais ce que vous êtes est en dehors de l'apparition et de la disparition. Vous êtes l'immuable, l'infini, le sublime, la beauté et l'accomplissement. Tout est parfait.

Pourquoi le deuil lié à une rupturesentimentale est-il parfois partiel, s'étale-t-il parfois sur un temps très long ? J'ai l'impression que l'attachement en est la base, mais aussi que certains attachements sont cachés. Il y a l'attachement à l'autre, à ce qu'il nous apporte, mais aussi l'attachement à notre histoire, au rêve que l'on voulait réaliser avec lui ou elle, et aussi des attachements masqués : le refus de lâcher certains projets, une certaine vision de la relation, une idée du futur, de nous-même, de l'autre... J'y ai même trouvé le projet de partager l'éveil avec ma dernière compagne, et par conséquent le refus de lâcher le lien puisqu'alors l'éveil devenait non souhaitable ! Il y a aussi le deuil de l'espoir, et celui de trouver LA relation qui nous rendra heureux une fois pour toutes (comme si c'était possible !)... J'ai le sentiment qu'il est nécessaire de VOIR tous ces attachements et qu'ils soient lâchés ; et que le deuil reste partiel et apparaît intermittent tant que tout n'est pas VU et lâché. Est-ce bien ainsi ou y a-t-il autre chose que je ne vois pas ?

Au lieu de chercher les objets d'attachement, il est plus direct de s'intéresser à celui qui s'attache. Le "je" qui est le personnage central de toutes les histoires. Lorsque ce personnage s'efface, les histoires qui s'y rapportent s'effacent aussi.

Le délai de "digestion" qui fait suite à une rupture est en fait le délai nécessaire au moi pour accepter son impuissance. C'est en effet son pouvoir qui est ainsi bafoué. La douleur n'est donc pas tant celle de l'absence d'objet - comment un objet absent pourrait-il générer la souffrance ? - que celle de l'incapacité au contrôle.

J'ai aussi le sentiment que tout cela nenous appartient pas. Un jour quelque chose est VU, un jour, quelque chose est lâché. Et nous n'avons aucun contrôle sur cela. Est-ce bien ainsi ?

Nous ne lâchons rien, mais sommes en réalité lâchés. L'objet nous quitte dès lors qu'il n'a plus d'utilité. Il n'a plus d'utilité dès lors qu'il a rempli sa fonction. Il a rempli sa fonction dès lors qu'il a démontré son inexistence. Il a démontré son inexistence dès lors qu'il prouve sa filiation au moi.

L'objet et le moi sont des complices inséparables. Ils naissent ensemble, et meurent ensemble. Sans objet et sans moi, qui suis-je ? Telle est la question libératrice.

Merci pour votre réponse. Cependant, je mesens toujours renvoyé à l'impuissance. Oui, chercher celui qui s'attache, mais qui le cherche ? Ou quoi ? Parce que l'intention ne suffit pas ! Oui, lorsque le personnage s'efface, les histoires s'effacent aussi. Oui pour l'impuissance et l'incapacité de contrôle qui font souffrir. Oui pour dire que nous sommes lâchés. Oui la question "Sans objet et sans moi, qui suis-je ?" est libératrice. Oui pour dire que c'est l'identification au "moi" qui fait souffrir... Mais "je" n'ai pas le contrôle sur tout cela ! 

Oui aussi à cela.

Parfois l'identification au "moi"disparaît et avec elles l'identification à toutes les histoires. Puis elle se renoue, sans contrôle, et toutes les croyances à toutes les histoires avec elles, peut-être moins fortes, mais quand même très prégnantes. J'ai le sentiment d'être totalement impuissant par rapport à cela, que c'est un processus qui se fait (ou non) sans "moi". Je n'ai pas de contrôle même sur le fait de penser à me poser la question "C'est quoi, moi ?". Et réaliser que ce n'est pas "moi" qui le fait, lorsqu'on y est identifié sans pouvoir sans décoller, c'est aussi une grâce sur laquelle je n'ai pas de contrôle ! Et accepter la totale impuissance me renvoie à un "A quoi bon !". A quoi bon tout cela, la pratique, se demander "que suis-je ?", etc. puisque de toute façon je n'ai aucun contrôle sur rien, je n'ai aucun pouvoir de réaliser quoi que ce soit...

Oui aussi à cela.

La résignation qui précède l'acceptation, direz-vous...

Oui aussi à cela. Tant que perdure le refus, perdure la souffrance.

C'est l'identification à mes pensées quim'interpelle. Je me rends compte avec le temps qui passe que je me suis laissé emporter dans une conception mentale de ce que devait être une vie sans ego, sans identification, sans attachement. Je me suis leurré. Car je sens les limites d'une telle conception, mes réactions sont là pour me le rappeler.  Je sens bien que la compréhension de ce qu'est "être Soi" va au-delà de notre mental. Parfois, comme dans un manège, j'ai l'impression de tourner en rond.  Quand je lève la tête le soir et que je regarde les étoiles, l'espace, tout semble profond, silencieux, sans fin  je suis ramené à cette question : qu'est-ce que la vie ?

L'accueil des limitations de votre personnalité vous situe, dans l'instant, en dehors d'elle. Vous en êtes le connaisseur. Acceptez donc la personnalité telle qu'elle est, sans chercher à la changer. De cette vision innocente, naît le sentiment de gratitude, celui qui vous fait dire merci. Ce remerciement est don, oblation. Il se réfère à votre absence, à la plénitude qui se révèle dans l'absence de vous-même. La vie et vous n'êtes plus alors deux entités distinctes, mais une seule et même réalité s'inscrivant dans un vécu unifié.

 

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